Ranunculus ficaria, la Renoncule ficaire

Publié le par François

Contrairement aux Orchidées qui en constituent le sommet actuel, les Renonculacées se situent vers le bas de l’échelle de l’évolution végétale.
Il est un principe, constant dans le monde vivant, qui veut que plus un être est évolué, plus complexes sont ses tissus, son organisme, et son mode de vie, et donc plus limitées ses facultés d’adaptation et de réparation. Une espèce, en évoluant, se spécialise en fonction du milieu où elle vit, et devient en cela plus sensible aux variations que ce milieu peut connaître.
Plus fragile en un mot d’où, par exemple, la diminution des populations d’Orchidées sauvages européennes.
Les Renoncules elles, avec le long chemin évolutif qui se trouve devant elles, disposent de telles capacités de régénération qu’elles constituent… l’un des pires fléaux des jardiniers :
il est pratiquement impossible de les éliminer…
Un petit morceau de plante laissé en terre peut reconstituer, en quelques semaines, une nouvelle plante capable de fleurir, et donc de se reproduire...
et de se répandre !
En binant mon jardin, j’en ai
même trouvé que j’avais enterré par accident la semaine précédente... et qui fleurissaient sous terre ! Une calamité !

Comment la reconnaître : La Renoncule ficaire est facile à identifier à cause de sa silhouette (paresseusement étalée sur le sol des sous-bois humides, en général) et de quelques traits particuliers.
Ses feuilles sont en forme de cœur, souvent brillantes.
Comme ses cousines les Anémones et l’Hépatique, elle referme ses fleurs par mauvais temps.
Fleurissant très tôt dans l’année à une époque où le climat est encore frisquet, elle ne peut donc pas toujours bénéficier de l’aide des insectes (bien que la photo montre une petite abeille chargée de grains de pollen) pour assurer sa fécondation.
Qu’à cela ne tienne : elle a "imaginé" un autre moyen d’assurer sa propagation: de petites bulbilles blanchâtres se développent à l’aisselle de certaines feuilles,
et serviront à disséminer la plante de façon végétative (sans qu’il y ait eu reproduction sexuée).
Cette
solution semble marcher si bien qu’il est extrêmement rare de trouver un pied de Ficaire portant des fruits !
Enfin, la Ficaire possède deux types différents de racines. Certaines, très fines, jouent le rôle de racines normales (accrochage au sol et alimentation) tandis que d’autres, enflées en petits tubercules, constituent une accumulation de réserves permettant le redémarrage printanier de la plante.
C’est la forme de ces racines qui a parfois fait appeler la plante "Herbe aux hémorroïdes", et lui a fait attribuer des propriétés curatives dans ce domaine, en suivant les principes de la théorie des signatures du médecin PARACELSE (1493-1541).
Selon cette théorie, chaque élément de la nature ayant une action sur la santé humaine porterait une signature divine, ensemble de signes chargés d’indiquer au savant l’organe susceptible d’être soigné.
Ainsi –et pour simplifier- les Haricots seraient bons pour les reins, les Bleuets soigneraient les yeux bleus… et la Ficaire les hémorroïdes.
Le plus extraordinaire, c’est que la théorie renaît aujourd’hui, étayée par le fait que par le plus grand des hasards, parfois… ça marche, soit que la plante possède en effet les vertus thérapeutiques supposées (la plupart des médicaments sont, à l’origine issus de plantes), soit par pur effet placebo.
Constatons tout de même que, malgré les progrès de la science, l’homme moderne a besoin de croire à quelque chose, fut-ce idiot :
après tout, il écoute bien les fadaises d’un Chirac… !

Etymologie : En Latin, "ranunculus" signifie petite grenouille. Joseph PITTON de TOURNEFORT (1656-1708) nous dit, dans ses "Élémens de botanique" de 1694, pourquoi cette racine est appliquée à ces plantes : "Ranunculus vient du mot latin rana, grenouille ; car les espèces les plus connues de ce genre naissent dans des prairies humides, & dans des grenouillères, s’il est permis de se servir de ce terme."
Le qualificatif de Ficaire signifie "en forme de figue", et est attribué à la plante à cause de la forme de ses racines et de ses bulbilles.

NB: Les mots en orange sont des liens... N'hésitez pas à cliquer dessus!

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Pour lire l'article précédent (Chrysosplenium alternifolium, la Dorine), cliquer ici.

Publié dans Flore de Meuse

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François 09/04/2006 23:00

La mode est à la ficaire cette année, tout le monde en photographie !
Si tom-le-termite (*) était de passage, il te dirait le nom de la bêbête (une mouche ...) qui est sur la fleur.

(*) c'est un pro des insectes.

Pierre Mérat 04/04/2006 14:02

Peut-être envahissante, mais tellement jolie. J'en trouve souvent dans les endroits un peu sauvages.

Bob 03/04/2006 22:54

Bon, hier je n'ai pas trouvé plus de dorines que de morilles... Mais des renoncules, y'en a à la pelle...

lesyeux 03/04/2006 19:18

j'en ai des dizaines et des dizaines de pieds ds mes massifs, je les laisse vivre,mais comme elles envahiissent je les arrache après floraison...elles reviennent qd meme l'année suivante..

Grenouille de Bénitier 03/04/2006 17:31

Tu es un puits de science, une vraie encyclopédie. J'ai appris plein de choses intéressantes aujourd'hui.
Il y en a plein de "petites grenouilles" chez moi. Je vais aller voir de plus près leurs racines, voir de quoi elles ont l'air !