Buxus sempervirens, le Buis

Publié le par François

Le Buis (de la famille des Buxacées) est l’une des plantes les plus chargées d’histoire de la botanique.
Les religions en ont souvent fait une plante sacrée, utilisée dans de nombreuses cérémonies.
Chez les anciens Grecs et Romains, il représentait la permanence de l’âme après la mort et était de ce fait dédié à Pluton, dieu des enfers (si vous en avez le temps... lire ici le Livre X des Métamorphoses d'Ovide). Cette vénération lui vient du caractère persistant de ses feuilles toujours vertes et de sa longévité, qui en font un symbole d’immortalité.
Dans la religion catholique, le Dimanche des Rameaux est le dernier dimanche du carême avant Pâques. Cette fête commémore l’entrée de Jésus à Jérusalem, et symbolise le renouveau. Le Buis lui sert d’emblème.

Je me souviens encore de mon arrière-grand-mère sur la fin de sa vie (elle avait largement dépassé les 90 ans), revenant de la messe ce jour-là avec une petite branche (un rameau) de Buis bénit qu’elle demandait à son fils, mon grand-père, de fixer au dessus de la porte d’entrée de sa maison. Mon grand-père, qui était libre penseur comme on disait alors, s’exécutait en bougonnant et en pestant contre les papistes et toute cette engeance de curés qu’il appelait corbeaux.

Ma maison d’Othe a sans doute été jadis occupée par une personne extrêmement bigote ou superstitieuse, car j’ai retrouvé de petits rameaux de Buis « oubliés » de-ci de-là, coincés entre des pierres de la cave au grenier et de la grange au four à pain… Emouvant, même pour un vieil athée comme moi !

Le Buis était aussi l’apanage des jardins de curé sous forme de bordures bien taillées délimitant les différents carrés de légumes ou de fleurs.
Symbolisme paradoxal, si l’on se souvient qu’il fut dédié à l’infernal Pluton... Symbolisme « à tiroirs » en réalité : le simple curé de campagne, par la taille régulière de la plante, la dompte, domine ainsi le dieu des enfers et, par la même occasion, le mal dans son ensemble…

Le Buis abonde à Othe, sur la colline de la Romanette ainsi nommée en raison de la présence de vestiges d’un camp romain. Plante sacrée chez les Romains, il est souvent présent sur les sites d’anciens oppida. Enfin, il est généralement considéré -à tort- comme une plante méridionale.
Certains en ont conclu un peu hâtivement que c’étaient les Romains qui l’avaient importé et planté à Othe pour pouvoir en disposer lors de leurs célébrations cultuelles. Il s’agit en réalité d’un concours de circonstances : tout simplement, la plante aime les terrains rocailleux et ensoleillés comme les pelouses calcaires, et ces dernières occupent les sommets des collines, sites stratégiques favorables à l’implantation d’un camp retranché. Buis et Romains ne pouvaient que se rencontrer.
Le Buis est bien une plante indigène, et les Romains n’ont rien à voir avec son existence en Lorraine. Tout au plus peut-on supposer (mais rien ne paraît le démontrer objectivement) que la présence de Buis était considéré par les Romains comme un signe de bon augure pour l’implantation d’un oppidum.

La dureté de son bois, et la finesse de son grain ont fait que le Buis a beaucoup été utilisé pour la gravure, la (petite) sculpture, la confection de manches d’outils, et de petits objets de marqueterie, notamment les pièces de jeux d’échecs, des boites et des tabatières.

Sa façon de croître, en buisson (le mot vient du nom de la plante) touffu en a fait la vedette incontestée de l’art topiaire, qui consiste, dans les jardins dits « à la française », à tailler une plante pour lui donner une forme géométrique, celle d’un objet ou d’un animal.

Comment le reconnaître : Un premier moyen, fort simple, de repérer le Buis : son odeur si caractéristique, proche de celle de la « pisse de chat », qui « embaume » l’air quand il fait chaud.
La plante fait tellement et depuis si longtemps partie de notre culture que chacun connaît, il me semble, ses petites feuilles rondes à ovales, d’un vert clair sur les jeunes pousses de l’année, et sombre sur les rameaux plus anciens.
On remarque bien moins les petites fleurs du Buis, monoïques (mâles OU femelles), d’un jaune vert. Par contre, les abeilles, elles, les repèrent bien et en sont friandes. Il faut dire que les bouquets de fleurs mâles, dépourvues de pétales et entourant une unique fleur femelle à trois styles, produisent une quantité impressionnante de pollen, au point d’en couvrir les feuilles environnantes d’une poussière jaune vert...

A remarquer encore : la forme surprenante des fruits, petites capsules vertes puis brunes ornées de trois « cornes » correspondant aux trois styles de la fleur femelle.

Etymologie: C'est Chaumeton (1775-1819) qui nous donne en 1814 l’origine du nom du Buis : le mot de Grec ancien « puxis » signifie boite, et « puxos » est le nom du Buis dans la même langue. Le nom latin « buxus » en est dérivé, de même que l’anglais « box », boite et « box-tree », Buis. Tout, dans l’étymologie du Buis, ramène aux boites ! Certains ont pensé que c’était parce que son bois servait traditionnellement à en fabriquer. Il semble aujourd’hui plus probable que ce soit à cause de la forme particulière de ses fruits, qui évoquent une sorte de boite tarabiscotée.

Quant au qualificatif de son appellation scientifique, « sempervirens » il signifie « toujours vert » ce qui, nous l’avons vu, correspond bien à une caractéristique du Buis.

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Publié dans Flore de Meuse

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François 02/05/2006 07:54

Merci à tous pour vos "comm"...!
Elizabeth et François> On l'utilise souvent, en effet, pour fabriquer les anches des instruments de musique et, je crois, les marteaux de certains pianos.
Brigetoun> Selon la tradition, on brûle les rameaux bénits au bout d'un an. On en jette aussi dans le feu des cheminées quand il y a de l'orage.
Francis> Je vois que tu connais bien la région...! Il y a effectivement une (petite) buxaie au-dessus d'Othe, inventoriée je crois dans Natura 2000.
Pierre(2)> Il me semble avoir déjà entendu cela, de même que l'assimilation, en Occident, du Buis au Palmier (qui a aussi un rôle dans la mythologie chrétienne)... Mais étant vigoureusement athée, ma culture religieuse n'est pas bien étendue... :))

pierre (2) 29/04/2006 16:57

Pour l'histoire du dimanche des rameaux, j'ai toujours entendu dire qu'ici (en Occident), les rameaux de buis remplaçaient les rameaux d'olivier jetés devant le Christ arrivant à Jérusalem! Qu'en est-il?

philippe charpentier 25/04/2006 12:33

Et le buis c'est aussi le bilboquet !

François 24/04/2006 23:10

Je rêve, depuis des années, d'une flûte en buis, on m'a dit que le son en est très brillant !

Francis 24/04/2006 21:59

Othe n’est pas Buxières-sous-les-Côtes mais si mes souvenirs sont bon il existe de biens belles buxaies du coté de Montmédy (Site Natura 2000)