Paris quadrifolia, la Parisette à 4 feuilles

Publié le par François

La Parisette est l’Hélice verte que vous avez vue ici il y a 2 jours.
De la famille des Liliacées, elle a beaucoup de trucs à nous raconter… cet article sera donc long...

Elle couvre parfois de grandes surfaces dans nos forêts de feuillus, en s’y répandant grâce à ses rhizomes souterrains. Elle paraît sympathique, la Parisette mais il ne faut pas mésestimer sa toxicité : par l’irritation des muqueuses qu’elle provoque, et par son action sur le système nerveux, elle peut s’avérer redoutable. Elle passe pour être également un narcotique léger, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle entrait autrefois dans la fabrication de potions et notamment de philtres amoureux : en Angleterre, on la nomme encore « True love », « amour vrai »! 

Comment la reconnaître: La Parisette est l’une des plantes que je nomme, quant à moi « géométriques ». En effet, elle présente, comme son nom l’indique, quatre feuilles (parfois cinq ; une faute de calcul sans doute !) disposées en croix dans un plan horizontal, surmontées d’une fleur unique, verte, composée de quatre sépales disposés comme les feuilles, mais orientés de façon à être situés entre chacune d’entre elles. Les pétales, très fins, au nombre de quatre également, sont disposés de la même façon, et orientés comme les feuilles. Les étamines sont au nombre de huit. Plus tard, les pétales sèchent alors que le fruit se développe en une jolie baie d’un noir luisant, posée comme une perle au milieu de la coupe des sépales restés verts, en équilibre au sommet de l’édifice que constitue la plante. Une belle architecture ! Tout cela parait assez compliqué, mais une fois que vous l’aurez vue, vous découvrirez que c’est en réalité très simple !

Etymologie et Légendes : Disons au passage qu’on la nommait autrefois « Raisin de renard ».

Il y a une cruelle incertitude quant à l’étymologie du nom de la plante : la logique et le féerique s’y affrontent en un combat douteux.
Selon certains, en effet, le nom de « Paris », dont « Parisette » est dérivé, viendrait du Latin « par, paris », « égal », et aurait été attribué à la plante à cause de la disposition régulière de ses différentes parties.
Les partisans de la légende ricanent : selon eux, la plante tire son nom de celui du héros troyen Pâris, fils de Priam, roi de Troie. On sait que la fameuse guerre de Troie fut déclenchée parce que Pâris avait enlevé la belle Hélène, épouse de Ménélas, roi de Sparte. Ce n’était pas très malin, il faut bien le dire : Ménélas était un roi puissant ; son épouse passait pour être la plus belle des mortelles que la terre ait jamais porté, et il en était très amoureux. Il était évident qu’il ferait tout pour récupérer « son bien » !
Mais il nous faut remonter plus loin, jusqu’aux raisons mêmes de cet enlèvement…
L’histoire commença le jour où Pélée, roi des Myrmidons de Thessalie, prit pour épouse Thétis, nymphe de la mer.
Tout ce que la mythologie comptait de dieux, déesses, demi-dieux, nymphes, héros, etc… assistait à la cérémonie.
Tout… ? Non, car on avait bien pris soin de ne pas inviter Eris, déesse de la discorde et de la querelle. Pensez donc : la discorde à une fête de mariage ! Mais c’était une grosse bévue, car Eris n’apprécia pas du tout cette indélicatesse, et que l’on fût simple mortel, roi ou même dieu… il ne faisait pas bon l’avoir comme ennemie !
Alors que le banquet de noces battait son plein, elle jeta au milieu de la salle une pomme d’or (la fameuse pomme de discorde) sur laquelle étaient gravés ces mots : « A la plus belle ».
On se crêpa un peu le chignon autour de l’objet convoité, puis l’on finit par admettre que, de toute l’assemblée, seules trois personnes pouvaient raisonnablement prétendre au titre de « Miss Panthéon » et remporter la pomme d’or. C’était réellement du beau monde, car ces trois personnes n’étaient ni plus ni moins que les déesses Héra (reine des dieux et déesse du mariage), Athéna (déesse des cités, de l’industrie, des arts et de la guerre), et Aphrodite (déesse de l’amour et de la beauté).
Comme on ne pouvait se décider en faveur de l’une ou de l’autre, on demanda à Zeus, roi des dieux, d’arbitrer la partie.
Mais ce dernier se trouvait ainsi confronté à un cruel dilemme : Athéna était une partie de lui-même, puisqu’elle était sortie adulte et toute armée de son propre front (eh oui : le pauvre Zeus devait avoir de sacrées migraines !); Aphrodite était sa fille, qu’il avait eu d’une de ses nombreuses maîtresses ; quant à Héra, c’était sa propre épouse, et elle était d’une jalousie maladive encore aggravée par la vie délurée que menait son dieu de mari qui n’hésitait pas à « courir la gueuse » jusque dans les bas fonds des cités antiques...
Fort sagement pour sa tranquillité personnelle, et tout à fait lâchement avouons le (il aurait fait un bon ministre, de nos jours), Zeus refusa de choisir entre les trois déesses… qui partirent furieuses en quête d’un juge plus courageux.
Sur le mont Ida, elles rencontrèrent un jeune homme qui gardait ses troupeaux en rêvant.
Ce jeune homme, c’était Pâris, prince de Troie, et on se demande bien pourquoi il gardait lui-même ses moutons. Comme je ne pense pas que les bergers troyens étaient en grève, c’est probablement parce qu’à cette époque il fricotait avec une nymphe des bois nommée Œnone !
Toujours est-il que les trois furies lui demandèrent de les départager. Mais on a beau être déesse, on n’en est pas moins femme, et elles tentèrent toutes d’influencer son jugement…
Athéna lui promit que la cité de Troie finirait par vaincre les cités grecques, ses ennemies héréditaires ; Héra lui prédit qu’il étendrait le pouvoir de sa ville sur toute l’Europe et l’Asie ; quant à Aphrodite, c’était une petite rouée qui, par ses nombreuses aventures amoureuses, connaissait bien l’âme masculine : elle lui promit simplement l’amour de la plus belle des mortelles, Hélène, l’épouse du roi de Sparte Ménélas…
Aphrodite emporta la partie… et la pomme d’or.
Aujourd’hui encore, on désigne par « jugement de Pâris » un choix auquel on ne peut échapper, mais lourd de conséquences dont on ne perçoit pas toute la portée.
Car en choisissant Aphrodite, Pâris venait de faire d’Athéna et de Héra deux ennemies puissantes et mortelles non seulement à son égard, mais aussi à celui de la ville de Troie…
Et ce n’était pas le bon moment, car gonflé à bloc, il n’allait pas tarder à enlever la belle Hélène des bras de son époux légitime, déclenchant ainsi une guerre de plus de dix années à l’issue de laquelle sa cité serait entièrement rasée : la « Guerre de Troie » dont, tout compte fait, on ignore encore si elle a eu lieu ou pas…
Mais, me direz-vous, quel rapport cela a-t-il avec « notre » plante ? Nous y arrivons.
En effet, vers la fin de la guerre de Troie, Pâris fut mortellement blessé par un archer grec. Il retourna alors auprès de son ancienne maîtresse, la nymphe Œnone qui pouvait le soigner avec l’une de ses potions à base de plantes des bois (dont... notre Parisette).



Mais elle ne lui avait pas pardonné sa trahison et elle refusa de le soigner.
Pâris succomba à ses blessures et Œnone, qui l’aimait encore, se tua de désespoir… Dure époque !
Certains virent dans la Parisette les symboles de cette histoire : Pâris et les trois déesses réunis pour le jugement sont les quatre feuilles de la plante ; au-dessus d’eux, comme une menace, le fruit noir et luisant est la fameuse pomme de discorde…
Plus concrètement, on peut en tirer une morale toujours d’actualité malgré ses 3500 ans : les puissants, incapables de décider ou trop lâches pour le faire, délèguent le choix à un sous-fifre, un homme de paille, un « fusible » qui ne peut pas refuser cette responsabilité, mais qui paiera lui-même les frais des choix qu’il aura faits et qui le dépassent totalement !… That’s life !

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Publié dans Flore de Meuse

Commenter cet article

P.C 14/05/2006 11:49

Achetez vous un disque dur externe! mettez tout dessus et ne le branchez que pour recuperer des données.

François 13/05/2006 10:03

Philippe> Hélas non... pas encore au Maroc! Le voyage a été reporté au mois de juin. Mon absence est due à des agapes familiales à Moulins (50 ans de l'un de mes beaux-frères) et (moins comique), à une sordide panne d'ordi... J'ai dû tout réinstaller... Perdu beaucoup de choses. C'est passablement râlant...!
Linda> Pas certain...! Le combat est rude avec cette informatique de m...! J'y ai perdu mon traitement de texte (???), j'ai un mal fou a me connecter à Internet (Windows ne semble plus reconnaître mon modem...), mon ordi ne parvient à lire les CD de photos qu'une fois sur deux et certaines ont été perdues... J'enrage!

philippe charpentier 11/05/2006 09:40

Toujours en vacances dans nos anciennes colonies !

Linda1and5 10/05/2006 22:42

Courage, je sais que tu vas y arriver !

Linda1and5 09/05/2006 22:57

Bon, il est où le botaniste ?