Nous avons fait halte à peu de distance du puits de Tchi-n-wilmass.
Vers l’Est, à une vingtaine de kilomètres, l’Adrar Chiriet se dresse au milieu des sables, comme un gâteau noir, hérissé, que l’on aurait posé là. Vers l’Ouest, l’horizon est barré par les falaises menaçantes de l’Agareroum, une timide avancée de l’Adrar Tamgak qui semble ici plonger sous les dunes. Vingt kilomètres au Nord, la vallée de Tezirzek, où s’abritait dit-on Mano Dayak, le mythique leader de la rébellion des années 90. A même distance vers le Sud, le sable monte à l’assaut de l’Aïr, en dunes géantes, dans la brèche formée entre le Tamgak, l’Imaghlane et la Taghmert.
Quelques femmes et enfants sont au puits, où ils abreuvent leurs dromadaires. Ils accompagnent un vieux Targui : Attwa, tout voilé de noir, comme un contre-jour permanent, une ombre que même le plein soleil du Ténéré semble se refuser à exposer…
Nous nous sommes installés à quelque distance, comme le veut la coutume, pour ne pas déranger. Nous savons qu’ils vont venir : ici, on ne laisse pas passer une occasion de faire un brin de causette.
C’est Attwa qui, le premier, s’approche. Nous le voyons s’arrêter à quelques dizaines de mètres de nous, s’asseoir, mettre de l’ordre dans ses foulards, arranger son litham : il s’agit de se bien présenter. Il patiente quelques instants encore, puis se relève et vient vers nous en entamant la litanie des salutations traditionnelles à laquelle nous répondons de même, comme le veut l’usage. Nous l’invitons à nous rejoindre et à prendre le thé et le repas, selon les règles de l’hospitalité. Tout en continuant ses salutations, en demandant aux amis Touareg que nous accompagnons des nouvelles de leur famille, de la ville d’Agadez, du pays…, il s’assoit dans le sable, au bord de la couverture qui nous sert tout à la fois de nappe et de table.
Comme il y a des femmes avec nous, celles qui accompagnent Attwa nous rejoignent. Les enfants restent un peu à l’écart et ne s’approcheront que pour manger.
Du corps d’Attwa, on ne voit que son regard, malicieux, filtrant dans la mince échancrure du litham, qu’il a remonté haut sur son nez, et ses mains, énormes, impressionnantes. Pour boire son thé, il ramène devant son visage un pan de son foulard qu’il passe au dessus de sa tête et par dessous lequel il porte le verre à sa bouche. Pour manger, il nous tourne le dos et pratique de même.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander


Commentaires