Jeudi 15 décembre 2005

15 décembre 1995 au Niger, Bordure du Ténéré, à proximité du puits de Tézirzek.

Un petit avion (un Cessna 337 à ce qu'on dit) décolle en plein désert. A bord: le pilote nigérien, un journaliste français et trois chefs Touareg dont Mano Ag Dayak, le leader de la CRA (Coordination de la Résistance Armée), un des organes de la rébellion targuie. Celle-ci aurait débuté en mai 1990, par "l’incident" de Tchi-n-Tabaraden, où un groupe de jeunes Touareg tenta de libérer des amis emprisonnés. L’action tourna mal et fut suivie d’une vigoureuse répression… Le doigt dans l’engrenage !

Mais l’origine de la rébellion est à rechercher plus loin : les Touareg ont été les grands sacrifiés de la décolonisation et en ont gardé un sentiment amer. On leur a refusé la création d’un état ; on a arbitrairement réparti leur territoire historique sur 5 pays ; on n’a pas écouté leurs revendications, ni même accepté de discuter de leur légitimité. Avec pour résultat qu’ils n’ont jamais été réellement intégrés aux Etats nouvellement créés.

Ce 15 décembre 1995, Mano Dayak doit rencontrer le chef de l’Etat nigérien afin de discuter des moyens de rétablir la paix. L’avion est affrété par un chargé de mission du gouvernement français. Juste après son décollage, il s’écrase en plein désert et tous ses passagers sont tués… On ne saura jamais s’il s’agissait d’un accident ou d’un attentat.

Mano Dayak était né en 1949 (ou 1950) dans la vallée de Tidène, au nord d’Agadez.

Notons au passage que l’aéroport d’Agadez se nomme aujourd'hui : Aéroport International Mano Dayak.

Mano Ag Dayak est l’auteur de deux livres : "Je suis né avec du sable dans les yeux" (Ed. Fixot) et "Touareg, la tragédie" (Ed. Lattès)

Que la terre lui soit légère.

Pour en savoir plus sur la rébellion des Touareg : http://tuaregs.free.fr/touareg_f/pages/10/10pag1.htm

par François publié dans : Niger-desert
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Samedi 10 décembre 2005

Au soir, Attwa est revenu à notre campement, avec son neveu.

Il a apporté de sa tente du fromage de chèvre, rectangulaire, sec et goutteux, et une soupe de mil.

Comme nous sommes en train de boire un pastis (histoire de donner meilleur goût à l’eau tirée du puits!), nous lui demandons, par respect, si le fait que nous buvions de l’alcool ne le dérange pas. Il nous dit que non, mais qu’il va toutefois se déplacer un peu de façon à ne pas être sous le vent qui apporte vers lui le parfum qui pourrait l’incommoder.

Puis, en se marrant sous son litham avec un bruit d’éboulis de roches dans les montagnes, il prononce ce que je considère comme un brillant raccourci de la philosophie targuie: "De toute manière, chacun est libre de choisir sa propre damnation."

Après avoir écouté attentivement les nouvelles du monde entier que lui relatent nos amis Touareg, et placé quelques commentaires surprenants d’exactitude ("Bush et ses Américains n’ont aucun savoir-vivre…"), il se met à raconter les histoires du désert. Des histoires mi parlées, mi chantées, dans un Tamasheq classique que même nos compagnons Touareg ont parfois du mal à comprendre. Tout en ellipses et formules poétiques…

Il raconte des blagues ("Le Ténéré n’est pas une charmante jeune fille, mais une maîtresse autoritaire qui transforme l’homme en un bagage cousu : il faut le porter et on ne peut plus rien en tirer…"), il déclare qu’il veut m’emmener à la chasse à "l’éridel" (protèle). Il me dit dans un fou rire : "Quand tu verras l’éridel te regarder avec les oreilles dressées comme ça –il met ses grosses mains de chaque côté de sa tête- tu oublieras même que tu portes un pantalon…"

Le protèle est une sorte de hyène du désert. Pour voir à quoi il ressemble, rendre visite à: http://www.dinosoria.com/protele.htm

par François publié dans : Niger-desert
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Vendredi 9 décembre 2005

Nous avons fait halte à peu de distance du puits de Tchi-n-wilmass.

Vers l’Est, à une vingtaine de kilomètres, l’Adrar Chiriet se dresse au milieu des sables, comme un gâteau noir, hérissé, que l’on aurait posé là. Vers l’Ouest, l’horizon est barré par les falaises menaçantes de l’Agareroum, une timide avancée de l’Adrar Tamgak qui semble ici plonger sous les dunes. Vingt kilomètres au Nord, la vallée de Tezirzek, où s’abritait dit-on Mano Dayak, le mythique leader de la rébellion des années 90. A même distance vers le Sud, le sable monte à l’assaut de l’Aïr, en dunes géantes, dans la brèche formée entre le Tamgak, l’Imaghlane et la Taghmert.

Quelques femmes et enfants sont au puits, où ils abreuvent leurs dromadaires. Ils accompagnent un vieux Targui : Attwa, tout voilé de noir, comme un contre-jour permanent, une ombre que même le plein soleil du Ténéré semble se refuser à exposer…

Nous nous sommes installés à quelque distance, comme le veut la coutume, pour ne pas déranger. Nous savons qu’ils vont venir : ici, on ne laisse pas passer une occasion de faire un brin de causette.

C’est Attwa qui, le premier, s’approche. Nous le voyons s’arrêter à quelques dizaines de mètres de nous, s’asseoir, mettre de l’ordre dans ses foulards, arranger son litham : il s’agit de se bien présenter. Il patiente quelques instants encore, puis se relève et vient vers nous en entamant la litanie des salutations traditionnelles à laquelle nous répondons de même, comme le veut l’usage. Nous l’invitons à nous rejoindre et à prendre le thé et le repas, selon les règles de l’hospitalité. Tout en continuant ses salutations, en demandant aux amis Touareg que nous accompagnons des nouvelles de leur famille, de la ville d’Agadez, du pays…, il s’assoit dans le sable, au bord de la couverture qui nous sert tout à la fois de nappe et de table.

Comme il y a des femmes avec nous, celles qui accompagnent Attwa nous rejoignent. Les enfants restent un peu à l’écart et ne s’approcheront que pour manger.

Du corps d’Attwa, on ne voit que son regard, malicieux, filtrant dans la mince échancrure du litham, qu’il a remonté haut sur son nez, et ses mains, énormes, impressionnantes. Pour boire son thé, il ramène devant son visage un pan de son foulard qu’il passe au dessus de sa tête et par dessous lequel il porte le verre à sa bouche. Pour manger, il nous tourne le dos et pratique de même.

par François publié dans : Niger-desert
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Toutes photos by Aceras, sauf mention contraire.

Les photos ne sont pas libres de droits.

 

Je n’ai rien contre le fait qu’on me les emprunte…

Merci toutefois de m’en demander l’autorisation au préalable.

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