Flore de Meuse

Mardi 8 novembre 2005

Famille : Bétulacées, comme le Bouleau et le Noisetier.

Nom scientifique : Alnus glutinosa.

L’Aulne peut atteindre 25m de hauteur, et fleurit de février à avril.

Selon les régions, on l’appelle aussi bergue, vergne, ou verne. On retrouve parfois ces racines dans des noms de personnes, ou la toponymie : dans la vallée de la Chiers, à proximité de Montmédy, existe un petit village nommé Verneuil. Il y avait sans doute là jadis une grande quantité de ces arbres. Ma grand-mère maternelle s’appelait également ainsi de son nom de jeune fille. Elle était issue d’une famille de scieurs de bois. Peut-être l’un de mes ancêtres possédait-il un terrain planté d’Aulnes, une aulnaie.

Le bois d’Aulne présente la particularité de bien résister à l’eau. C’est pourquoi, outre la menuiserie et l’ébénisterie, ses usages traditionnels étaient la confection de conduites d’eau, de sabots, de barques et de pilotis. Le naturaliste VALMONT-BOMARE écrivait, en 1800 : "... le pont de Londres, celui de Rialto à Venise, ne sont bâtis que sur l'aune..."

Selon le même auteur, le charbon de bois d’Aulne entrait dans la fabrication de la poudre à canon, comme celui de la Bourdaine.
On faisait également pousser l’arbre en taillis, le long des rivières, où il servait à maintenir les berges. On le coupait alors tous les quatre ans, et ses baliveaux servaient d’échalas et de matériau pour la construction de bâtiments légers comme des poulaillers ou des étables mobiles.
Son écorce était encore utilisée, mélangée avec du vitriol, pour faire de l’encre et, en tannerie et chapellerie, mélangée à de la rouille, pour teindre le cuir en noir.
Dans la Grèce antique, on confectionnait, avec l’écorce de l’arbre, une trompe utilisée dans les rites funéraires.

En 1605, MATTHIOLE nous indique un autre usage, concernant cette fois les feuilles de l’Aulne: "Estans encores trempées de la rosée on les sème par les chambres pour faire mourir les puces : qui est chose bien expérimentée..."

Plus magique encore, au XVème siècle, "Les Evangiles des quenouilles" nous apprennent que "Quiconques est battu de bastons de bois d’ausne verts ou secs, et après jettera les bastons en ung puis, se ilz demeurent en l’eaue, cellui sentira en douleur sa bature tant comme il vivra".

L’Aulne aime les lieux humides et les bords de rivière, et ses racines nous l’avons dit, contribuent à en stabiliser les berges. Il a profondément souffert de la seconde plaie de nos campagnes avec le remembrement : le curage des rivières. Les Saules, dont la plupart apprécient les mêmes biotopes, n’en sont pas devenus rares pour autant. Il faut dire qu’ils ne connaissent pas les mêmes difficultés de reproduction que l’Aulne : ce dernier n’est fertile qu’à l’âge de quinze ans, ce qui est tard pour un arbre qui ne vit pas très vieux, tout au plus une petite centaine d’années.

Enfin, l’Aulne est un "engrais vert" au même titre que la Luzerne : ses racines présentent des sortes de petits tubercules abritant des micro-organismes capables de fixer l’azote que l’arbre a capté dans l’air.

Comment le reconnaître:
Ce n’est somme toute pas très difficile : si vous rencontrez un arbre portant de petites boules semblables à des pommes de pin grosses comme la première phalange d’un petit doigt, et ayant pourtant des feuilles, et non des aiguilles... c’est l’Aulne.
Comme les autres membres de sa famille (Bouleau, Noisetier…), il présente des fleurs mâles (en forme de longs chatons pendants), et des fleurs femelles beaucoup plus discrètes.
Avant leur éclosion, les bourgeons prennent une teinte brun rouge un peu violacé.

Etymologie :

Les bourgeons de l’Aulne, ainsi que l’écorce des jeunes rameaux de l’année sont plus ou moins visqueux, d’où le qualificatif de glutineux, "glutinosa" en Latin.
Quant aux noms d’Aulne et Alnus, ils viendraient des racines grecques als, mer et naus, bateau (le Français « nautique » vient aussi de cette dernière racine). Cette étymologie est à rapprocher des usages qui étaient faits du bois d’Aulne.

Légende : Bien entendu, on ne peut parler de l’Aulne sans évoquer le célèbre poème "Le Roi des Aulnes", écrit par Johann Wolfgang GOETHE (1749-1832) et mis en musique par Franz SCHUBERT (1797-1828)…

L’écrivain français Michel TOURNIER a également écrit, en 1970, un roman portant ce titre. Il raconte la guerre d’un jeune homme (Abel Tiffauges) qui, après une enfance frustrée et torturée, collabore avec les SS parce qu’il se prend pour un ogre…

Voici le texte du poème de GOETHE, en Français et en version originale :

LE ROI DES AULNES

"Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père et son enfant.
Il serre le jeune garçon dans ses bras,
Il le tient au chaud, il le protège.

- Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage avec tant de crainte ?
- Mon père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa couronne et sa traîne ?
Mon fils, c’est une traînée de brume.

- Cher enfant, viens, partons ensemble !
Je jouerai avec toi à tant de beaux jeux ! 
Tant de fleurs brillent sur le rivage !
Ma mère a de sompteux vêtements d’or !

- Mon père, mon père, mais n’entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet à mi-voix ?
- Du calme, rassure-toi, mon enfant,
C’est le bruit du vent dans les feuilles mortes.

- Veux-tu, jeune garçon, venir avec moi ?
Mes filles s’occuperont gentiment de toi .
Ce sont elles qui mènent la danse nocturne,
Elles te berceront de leurs rondes et de leurs chants.

- Mon père, mon père, ne vois-tu pas là-bas,
Les filles du Roi des Aulnes qui dansent dans l'ombre ?
- Mon fils, mon fils, je vois bien en effet,
Ces ombres grises : ce ne sont que de vieux saules.

- Je t’aime, ton joli corps me tente,
Si tu n’y consens pas, je te ferai violence.
- Père, père, voilà qu’il s'empare de moi !
Le roi des Aulnes m’a blessé !

Le père frissonne, il presse son cheval,
Il serre sur sa poitrine l’enfant qui gémit.
A grand peine, il rejoint la ferme.
Dans ses bras, l’enfant est mort."
"

ERLKÖNIG
"Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind,
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was  birgst du so bang dein Gesicht ?
Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht,
Der Erlkönig mit Kron und Schweif ?
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.

Du liebes Kind, komm, geh mit mir !
Gar schöne Spiele spiel ich mit dir,
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.

Mein Vater, mein Vater, und hörst du nicht,
Was Erlkönig mir leise verspricht ?
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind.

Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn ?
Meine Töchter sollten warten schon,
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Sie wiegen und tanzen und singen dich ein. (bis)

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düstern Ort ?
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau.

Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt.
Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an !
Erlkönig hat mir ein Leids getan !

Dem Vater grauset's, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Müh und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.
"

Par François
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Mardi 8 novembre 2005

...Mais son merveilleux parfum et l’élégance de ses fourreaux de fleurs ne doivent pas troubler le promeneur : la plante entière est empoisonnée… Son écorce, sous le nom de bois de Garou, était autrefois utilisée comme vésicant ; absorbée, elle constitue un purgatif drastique et extrêmement dangereux; quant à ses jolies baies rouges qui apparaissent vers le mois de juillet, et gainent parfois la tige ainsi que le faisaient les fleurs, il semblerait que l’absorption d'une dizaine d’entre elles suffirait à tuer un homme
(une douzaine de grammes pour tuer un chien)!
Attention, donc, à vos enfants : même si les fruits ont une saveur amère et brûlante presque insupportable, leur aspect peut-être tentant pour un petit gourmand… Il faut d’autant plus se méfier du Jolibois que sa beauté et son agrément lui ont ouvert en grand les portes de nos jardins, où on le rencontre aujourd’hui plus fréquemment que dans la nature. Si vous désirez en installer dans vos plates-bandes, et si votre jardin est fréquenté par de jeunes enfants, veillez à toujours le positionner de telle façon qu’il ne puisse pas être atteint directement à partir d’une allée ou au travers d’une clôture; plantez devant lui une plante dissuasive, comme par exemple un Rosier rampant.

Le Jolibois est de la famille –au nom barbare- des Thyméléacées.

Etymologie : Difficile de trouver l’origine de tous les noms de notre Jolibois… Au moins, ce dernier est-il évident : la plante en fleurs est très belle (en fait l’une de mes préférées). 
Par contre, on peut s’interroger sur celui de Bois-gentil , eu égard à la toxicité de la plante ! Cette appellation remonte probablement à une époque où le sens des termes joli et gentil se mêlait.
Le nom de Malherbe (littéralement : mauvaise herbe) paraît nettement plus approprié !
Quant à celui, étrange, de Bois d’oreille, c’est le Dr SAFFRAY (1883) qui nous en donne l’explication : il "vient de l’usage que l’on en faisait communément dans quelques contrées du midi, avant qu’il fût connu des médecins. On l’employait comme révulsif derrière les oreilles des enfants (NdA : pauvres gamins!), dans les engorgements des glandes du cou, les maux d’yeux et les dentitions pénibles…"

Ceux de Lauréole femelle et Laurier des bois lui viennent de la ressemblance
de ses feuilles avec celles du Laurier.
Son nom scientifique, Daphne, a d'ailleurs la même origine : en Grec ancien, il désigne le Laurier.

Et il nous faut ici faire un petit saut dans la mythologie. Nous y rencontrerons Phébus, équivalent latin de l’Apollon des Grecs, dieu de la beauté, de la lumière (le soleil, c’est lui), des arts et de la divination, inventeur de la médecine, premier vainqueur des jeux olympiques, mais aussi "grande gueule" souvent cruelle. A Delphe, il avait tué de ses flèches le serpent Python qui terrorisait la région et en tirait une telle gloire qu’on lui avait dressé là un sanctuaire où professait la Pythie en rendant des oracles.
Rencontrant Cupidon, le tout jeune dieu de l’amour fils de Vénus, il se moqua
de lui et de sa petite arme. Mais le bambin Cupidon avait, si l’on peut dire, plusieurs cordes à son arc et la langue bien pendue.
Il envoya vertement promener Phébus, lui promettant que son arc si chétif le blesserait cruellement.
A quelque temps de là, Phébus aperçut la très belle nymphe Daphné, fille de Pénée dieu des fleuves, et qui avait malgré sa beauté fait vœu de chasteté.
Voletant par là, Cupidon assistait à la scène et comprit qu’il tenait sa vengeance :
de sa flèche de l’amour, il transperça le corps de Phébus, "jusqu'à la moelle",
nous dit Ovide (43 av. J.C.- 18 apr. J.C.)
dans ses "Métamorphoses".
Aussitôt, le dieu tombe fou amoureux de la belle Daphné et commence à la poursuivre de ses assiduités.
Elle s’enfuit à travers bois ; il la poursuit encore ; c’est un fameux athlète, il va la rattraper…
Au comble du désespoir (à l'époque et dans ce milieu, un voeu était un voeu...!),
Daphné implore son père de venir à son aide.
Celui-ci la métamorphose en laurier, ce qui peut sembler étrange, en tant qu'amour paternel,
mais bon… c'est comme ça!
Phébus lui aussi est au désespoir : il aime encore Daphné malgré son apparence.
Pour ne pas s’en séparer, il décide de faire du laurier son emblème :
une couronne faite des feuilles de cet arbuste ornera désormais sa chevelure, et ce symbole de gloire couronne depuis lors les têtes des poètes, des sportifs et des généraux triomphants…

Pour retourner au début de l'article sur le Daphne mezereum, cliquer ICI.

Par François
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Vendredi 10 février 2006

Eh bien suite à ma question d’hier (et à vos réponses éclairées...), et puisque je m’avère totalement incapable de transférer une image autre qu’une petite croix rouge dans OB à partir d’un hébergeur extérieur (mais je ne désespère de comprendre un jour quelque chose au CSS… !)  je crois que je vais procéder ainsi : j’introduirai petit à petit les plantes que j’ai répertoriées, avec des photos moins grandes.

Puis, quand je parviendrai au seuil critique où je ne disposerai plus d’espace de stockage, je me paierai le luxe d’un Premium…
Ça paraît raisonnable, non ? On verra bien.

Pour tous ceux qui ont cherché... La plante présentée hier est une Nivéole printanière, Leucojum vernum de son nom scientifique (voir ici l'article correspondant.)

Un grand merci à tous!

Par François
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Vendredi 10 février 2006

Son impatience à fleurir est telle qu’elle aurait pu s’appeler Perce-neige. Mais ce nom est réservé au Galanthus nivalis. Malgré leurs similitudes, on ne trouve jamais les deux plantes au même endroit : elles ne font pas bon ménage paraît-il.
Curieusement, ces fleurs gaies aiment cette période triste où l’hiver traîne en longueur et n’en finit pas de mourir…

Comment la reconnaître : La Nivéole est de la famille des AMARYLLIDACEES, comme la Jonquille ou le Narcisse. Comme ses cousines, elle a des feuilles étroites et allongées.
Cette merveilleuse petite fleur dont le grelot couleur de neige est taché, sur chaque pétale, d’une goutte d’un jaune délicat.
Ce grelot penché vers le sol ressemble à une minuscule lampe de chevet "rétro" : les maîtres verriers des années vingt se sont inspirés de cette fleur comme ils l’ont fait de l’Ancolie, du Liseron, de la Tulipe, de certaines Orchidées, ou du Narcisse.
De ce grelot se dégage un fugitif et délicat parfum printanier.
Si vous avez la chance de rencontrer les Nivéoles au cours d’une promenade de fin d’hiver, vous verrez qu’elles constituent parfois de très importantes colonies d’individus frileusement serrés les uns contre les autres. Gardez à l’esprit que cette apparente abondance est trompeuse : la Nivéole est néanmoins très rare et protégée chez nous.  Respectez-la donc : pas de cueillette, pas d’arrachage. Merci pour elle !

Etymologie : Le nom scientifique de la plante est constitué des deux racines grecques "leuko", blanc et "ion", violette. Pourquoi violette ? Je vous le demande un peu, et même beaucoup comme disait Jacques PREVERT, car ces deux plantes n’ont aucune ressemblance et n’ont, à ma connaissance, aucun point commun… Bizarre !
Pour ce qui est de "vernum", ce qualificatif signifie printanier.
Quant à, Nivéole, venant du Latin "nix", neige (névé, nival et nivôse ont la même origine), il fait référence à la fois à la couleur blanche de la fleur, et à la précocité de la plante.

Par François
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Lundi 20 février 2006

Cet après-midi, ce n’était pas le grand beau temps, mais pour la première fois depuis quasiment une semaine, il ne tombait pas des cordes. J’en ai profité pour faire une petite balade d’une douzaine de kilomètres le long de l’Othain et à travers bois, histoire de voir où en était le printemps.
Eh bien je peux le confirmer : ça y est… il y a un frémissement !
Cette fleur en est la preuve irréfutable…
Elle appartient à une plante que tout le monde connaît.
Mais il faut du suspense et je ne vous dirai donc pas maintenant qui elle est…
Qui peut me donner le nom de la plante?
(Les botanistes chevronnés... essayez de faire silence, please !)
Tâchez de trouver: j'en ai marre de prendre tout seul les apéros virtuels!

Ah… et puis pour ce qui est du titre, allez donc jeter un œil ici.

*
Pour lire l'article précédent, cliquer ici.

Par François
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Les photos ne sont pas libres de droits.

 

Je n’ai rien contre le fait qu’on me les emprunte…

Merci toutefois de m’en demander l’autorisation au préalable.

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